Je suis Basile Remaury, auteur-réalisateur. Les images ci-dessus proviennent de mes films.

J’habite Rezé, près de Nantes, Pays de la Loire.

Bienvenue sur mon site.

Sur cette page, je parle cinéma. Faire du cinéma, qu’est-ce que ça veut dire pour moi, quel genre de geste c’est ?

Mais j’ai d’autres casquettes :

si vous vous intéressez à mes prestas vidéo c’est par ici,

et l’enseignement, par là.

Porter le regard

Ma génération est entrée en vie dans un long tunnel obscur, heurté de secousses et de tremblements. Quelque chose a changé. Des lueurs lointaines indiquent des issues possibles, mais elles n’ont pas l’éclat de l’évidence. Les certitudes s’épuisent à la vitesse du pétrole. Nous sommes des électrons libres, lâchés dans les dédales du monde comme sur les rails des trains fantômes de nos enfances, ces mécaniques capables de nous saisir d’effroi d’un simple souffle d’air, d’un rire saturé ou d’un effet de lumière sur un crâne en plastique. Nos ombres nous précèdent et les peurs prolifèrent, tant il nous est difficile de reconnaître et nommer ce à quoi nous faisons face.

 

Au même moment, il y a sur toutes les lèvres ce goût des libertés nouvelles, qui alimente nos lanternes personnelles, nous promet rencontres, aventures, succès, reconnaissance.

 

Mes personnages tâtonnent dans le noir avec l’espoir d’avoir suffisamment fréquenté l’obscurité, de l’avoir observée et comprise, pour éviter le mur. Dans le secret de leur existence, l’air de rien, elles, ils, trouvent des ressources, ouvrent des portes, explorent, inventent, éprouvent leurs nouvelles conditions et tentent de tisser des surfaces stables avec les fils épars de leur identité. Leur trajectoire, je l’imagine, ou j’en suis le témoin. Parfois un peu des deux.

Mettre des mots

Des mots qui montrent. Des mots à faire, à jouer. Des mots qui cachent.

 

On écrit pour faire  disparaître les mots, laisser l’action occuper l’espace de la lecture. L’action existe aussi autour des mots, dans les vides et les creux des phrases. Trouver les mots denses, précis, les décalages, les formules, les silences. Il faut beaucoup aimer écrire, mais ne rien attendre du texte. On écrit au passage.

 

Et j’aime beaucoup les personnages quand ils finissent par découvrir et révéler ce qui les anime au tréfonds, au fond d’eux-mêmes, et qui les dépasse bien souvent. Il y a quelque chose qui est liée à l’énergie, l’énergie des instincts, et l’énergie du mouvement et des émotions qui nous traversent.

Élargir en plans

Les plans se parlent, se répondent, s’engendrent, se soutiennent, se contredisent. Chaque film propose une famille de plans, un dispositif, c’est-à-dire une manière singulière de faire des plans et de les mettre en relation, une manière de tourner, d’improviser, d’enregistrer le son, de mettre en scène. Une approche.

 

Avec son dispositif, le film crée des motifs et des attentes, il joue avec le public et les conventions. Il donne accès à l’espace mental d’un personnage, remonte le temps, maquille la fiction pour faire croire à un documentaire… et rencontre sa matière. Corps, gestes, visages, voix, parole et silence, action et réaction, dans l’espace de l’enregistrement, dans le temps et la lumière, chaque plan est un pas vers le film.

Tenir la cadence

En deux plans, l’un derrière l’autre, on peut sentir se déverser, avec une énergie colossale, l’épaisseur du temps, et la dimension de l’espace.

Sitôt ensemble, les plans semblent dotés d’une vie propre, et nous voilà occupé.e.s à les enclore et les domestiquer dans des séquences montées, dans un rythme, dans le choix d’angles et de points de vue. Ils sont vivants et autonomes, mais nous devons agir pour les exprimer.

On peut monter pour s’imposer, ou pour s’effacer. C’est une nouvelle écriture des films, et très souvent, une réécriture.

Il n’y a rien de plus étonnant et stimulant qu’une séquence qui prend vie, lorsque, d’une coupe à l’autre, l’action semble se dérouler d’elle-même, portée par sa propre nécessité, et son mouvement nous emporte, nous conduit vers une autre intensité émotionnelle. Cette puissance coordonnée de la mise en scène et du montage, qui prend racine dans une série de raccords mouvement, c’est l’un des réacteurs du cinéma, et sa puissance spectaculaire est inégalée. Toujours, elle pose question.